L’appel du large

L'appel du large L-appel-du-large.jpgL’appel du large –
acrylique sur papier-2007

 

poème :
L’appel du large

 

 

Terres inconnues de mon imagination

Terres reconnues,

jetant l’ancre au fond de la mémoire
humaine

espaces vides et pleins

grouillants et déserts

votre rumeur profonde sue par mes pores

en un long frisson

à la diable propagé.

Rougeoiement tropical

Monde baluchon

libres , libres d’aller

Calendrier des jours, effeuillement des
nuits

au fil des jours au fil des bazars

aux creux des nuits aux creux des hasards

Saisir au vol , explorer,

Les ruelles blanches, fruits chamarrés


déserts pierreux


tentes noires


manteaux bigarrés.

Oeil mauve, labyrinthe hypnotique

Chevaux lourds

Musc, santal, arômes envoûtants

Mendiants, vermine et temples
dorés…..

La mer chuinte à mon oreille.

Les vagues éclatent comme des fruits mûrs.

Même eau, même écume

pour tous les peuples déracinés.

Même sable , même gravier

pour un seul homme à la terre enchevêtré.

Il lui faut sortir du socle

la statue de bronze peut marcher

et ses yeux nacrés avalent les différences

qui font de tous les coeurs de pierre

des ailes qui s’élancent.

Frères , amis,

Enfants safran

Enfants cannelle enfants piment

Enfants ciment

Peaux laiteuses

Peaux café

Montagnes fleurs forêts et mers

nous bercent en leur sein

lorsqu’il nous faut muer

tous enfants de la même terre.

MIchèle
rosenzweig-« Le pain et la faim »-1990

moun païs: bruniquel et Matin d’été

t ete.jpg

la maison au cyprès -bruniquel-pastel aquarellable

 

Matin d’été

Lent scintillement de criquets, de grillons et de cigales

Dans l’air bleu.

Sur quelque herbe sèche

Se balance l’insecte nerveux

Au milieu des prés drus et des chemins pentus.

Jaunes éclaboussures de soleil

Qui planent, suspendues et subtiles

Comme des oiseaux de proie presque immobiles.

L’horizon soulève des forêts,

Au loin la plaine et ses regrets…

Sur le coteau qui tressaille au vent,

La méridienne pesanteur

Fait croire au ralenti du temps.

Mais il y a des vies d’hommes

Sur cette terre franche

Qui vaquent comme des abeilles et bourdonnent

Entre les murets de pierres sèches

Et les clôtures qui segmentent les nudités éparses

Et les labeurs comparses.

Des volets bruns ouverts

sur une cuisine d’ail et de thym

et dehors sous le tilleul bienfaisant

la table se dresse pour partager le pain.

Bientôt le calme silence fera place

aux voix des hommes qui trinquent

A celles des femmes qui rient

Et tout l’or du monde ne vaudra plus rien

Autour d’un verre de vin et d’un savoureux rôti.

C’est dans l’été plein

Que se gorgent nos âmes d’eau lumineuse et vitale

C’est dans l’été plein

d’éclats de joie et de soleil

Que la vie soudain

Parait à son comble et éternelle.

Mûr comme l’épi, léger comme le papillon,

L’amour remplit tout,

Les monts et les vallons,

Le ciel et les champs,

Les cœurs et les corps,

Les doutes et les peurs,

Les vides et les creux

de nos passagères existences,

avec une frugale et belle acceptance.

Et dans le rire des senteurs d ’herbes et de
fruits,

La joie dit à l’été son grand merci

Et soupire d’aise et de connivences

Autour de la table qui réunit

Tous les bruits et tous les silences.

Michèle Rosenzweig- Cocagnes 

Immobile

Immobile Immobile.jpg

NU au miroir -pastels

Immobile

Handicap.

Pas trop longtemps être immobile.

Pas trop longtemps marcher.

Il faudrait marcher cependant, quand même le corps ne le veut
pas, ne le peut pas .Et puis, le jardin à entretenir .Les mauvaises
herbes à enlever, les mauvaises pensées à désherber tout autant
.Les pensées, mobiles, déferlantes, qui passent d’un arbre à
l’autre, les pensées que l’on taille au sécateur.

Besoin d’un jardinier.

Mon voyage ne se peut pas. Adieu, l’ailleurs. Prisonnière
de mon fauteuil devant l’ordinateur. Le monde par écran.
Derrière, des gens, des pays, des douleurs, des plaintes.

Mais je ne me plains pas : j’observe, je regarde, je
contemple.

Dehors, la maison des oiseaux s’est cassée avec la neige,
il faudrait la réparer. Et puis tuteurer le cyprès qui penche. Mais
je laisse là, à l’abandon, toutes les choses que je ne peux
pas faire.

Ce désordre m’exaspère. Désarroi devant mon incapacité. Ma
petite vaisselle quotidienne, celle de mon désarroi, celle de
l’évacuation par le silence.

Les promenades me manquent tant.

Michèle Rosenzweig . « j’en parle à mon chat » proses
poétiques .

animale

animale animale.jpg

 

un extrait de mon prochain livre « Cocagnes »pour lequel je
cherche encore un illustrateur

L’animale

Je suis panthère

Je rôde dans les rochers

Où solitaire

Tantôt sur le bout de griffes

Tantôt sur les coussinets

Je déploie mes muscles noirs en sauts
félins.

Je perce d’un œil vert, chasseuse de furtif,
la plaine qui s’étend

Les herbes sèches où paissent les gazelles

Avec un goût de viande crue obsédant.

 

Je suis gazelle

Du haut de mes pattes minces

Je foule la brousse

Et je poursuis le vent en sauts de danseuse

Je guette, grands yeux noirs attentifs,

Le léopard caché,

le moindre remous, la moindre haleine de
danger.

Je fuis effarouchée au cri rauque de
l’oiseau.

 

Je suis girafe

L’arbre étale ses feuilles sous ma langue
délicate

Mes yeux se mirent dans les nuages

Et mes longues jambes

Il me faut les écarter pour boire au
marigot

Dans une génuflexion impossible

Dans une humble prière debout.

Je broute paisible de concert avec les éléphants

dans mon habit tâché de roux

déroulant gracieusement mon cou.

 

Je suis éléphant

Ma force lourde soulève la poussière

Sous moi le sol tremble.

Si je cours  c’est le tonnerre.

Je m’asperge au fleuve de ma trompe
barissante.

Je dédaigne le lion, car je suis puissance.

Je suis ridé, plissé, rugueux et dur comme un vieil
africain.

 

Je suis moi

Sur mes deux pattes retrouvées

Avec mes chères mains pour prendre et pour
toucher.

Debout et fière, je secoue ma crinière

Femme de prière et femme de chant

La parole est mon vêtement pensant.

L’animale que je suis

Danse dans la lumière souple de midi

Aux quatre coins de la terre

Mon cœur dans mon corps

De son bonheur d’être

Rugit.

 

Michèle Rosenzweig- Cocagnes – poèmes 

la repasseuse et le chiffonnier

la repasseuse et le chiffonnier la-repasseuse-et-le-chiffonnier.jpg

le temps  est à la nostalgie voici un très vieux
texte de mes débuts dans un livre à présent épuisé  et qui me
fait encore sourire 

La repasseuse et le chiffonnier

Chiffonnier des heures

je mets le temps en chiffons

mais le temps si ridé m’a tout entortillé.

Je suis tout enchiffonné

ma tête de pâte à papier

de papier mâché

je cherche ma repasseuse

l’avez-vous vue passer ?

Elle m’a tout embobiné

A nous deux  que ne ferons nous ?

Nous ferons se plier le sale temps

En deux à nos genoux

Nous froisserons l’amour propre en amour fou

Nous déchirerons des p’tits morceaux
d’amour

Et ferons des replis dans le temps qui court

Gais et frais  comme du linge doux.

Tu défroisseras les dentelles fripées

nous démêlerons les nœuds dans les tabliers

tu plieras ma vie en p’tits carrés

et moi le sauvageon pêle-mêle et roulé-boulé

e te vêtirai de fleurs en chiffons

je friperai moi le fripon

je friperai ma repasseuse dépassée

je friperai ton blanc tablier.

 

Michèle Rosen (rosenzweig) -le pain et la faim-1990

stan Getz

Stan

Hommage à Stan Getz

Il ourle le grave

Il délivre l’aigu

Sans stridence

Il murmure de l’anche

Et j’entends son souffle

A peine respiré pour une si grande phrase.

Il swingue

Il bat de son cœur

Il est ardent

Il m’envoie des baisers de jazz

Et je l’écoute

Peau contre peau

A travers le cuivre de son saxophone.

Douceur et fougue

Simples acrobaties de virtuose.

Rondeur des perles de ses notes.

Les attaques sont plantées fermes et vertes

Elégantes et drapées.

Quelque chose de gravissime non de papillonnant

Non l’un puis l’autre ou tout à la fois.

la beauté de la nuit

Et le luxe des étoiles

Le bonheur d’un danser

Devant l’être que l’on aimerait

Amoureuse chaude aux sept voiles.

Brésil ,cave des fifties

S’infiltrent et meurent

Dans les fumées.

Le final bat de l’aile d’un aigle.

C’est juste beau à sourire

Bouche bée.

Michèle rosenzweig-les vides, les pleins et les
déliés-editions edifree. 2012

Petite lumière

petite lumire petite-lumiere.jpg

Petite
lumière

Enfiévrées les foules.

Elles piétinent les étalages.

Noël revient comme chaque année

dans les festins et les orgies des
supermarchés.

Les lustres de fête miroitent des bonheurs
argentés

et chacun croit au père Noël en palpant le vide des
porte-monnaie.

Je me hâte, étrangère, écoeurée.

Mon noël de famille m’attend
sagement.

Sait on encore s’y regarder ?

Les chiens de faïence, les histoires
éculées,

les potins télévisés de décembre feront la une de la
tablée.

Plaisir de la tribu réunie.

Mais moi je pense à cette étoile dans la nuit de
Judée,

à cet enfant dont la destinée était depuis toujours
arrêtée

sur la sombre nuit du monde.

Il est pour moi un cadeau oublié

dont la valeur n’est pas l’or des
banquiers.

Un cadeau sans paillettes ni rubans,

qui m’importe comme une main qui se
tend.

Où courent ils tous, tous ces hommes
agités ?

 Ils essaient de s’aimer une fois par
an

sans un regard pour le mendiant

et même le mendiant a le cœur
arrogant….

Un simple chant montant de nos vies désolées serait un
début.

Celui là , celui là est venu partager notre
humanité,

offrir à chacun la joie d’un
recommencement.

Il suffirait d’un peu de foi et tout
changerait…

En toi, je crois,

comme un roi  devant une étoile,

comme un berger devant un ange,

comme un enfant devant un bébé,

tu me combles d’amour

dans un monde perdu qui veut
t’ignorer

et encore l’on t’oubliera ce soir de
vanité

et j’ai mal tant les fêtes sonnent creux de leur
impiété.

Les noëls païens ripaillent

la fête des ventres et des victuailles.

Les noëls chrétiens sont si habitués

à un jésus de plâtre et de religiosité,

qu’ils  t’ont relégué à de tristes
prières récitées

dans des églises abandonnées.

Tu es ma lumière dans la nuit
d’hiver,

tu es ma joie d’exister toute entière

et en ce noël,

dans le bruit  alentour des rires, des verres
,

des alcools pour s’oublier,

toute propre  toute neuve, toute
illuminée,

ma minute de silence t’est réservée.

 

michèle rosenzweig-le tutoiement
divin

Ma voix d’écriture

ma voix d'criture ma-voix-d-ecriture.jpg

Ma voix d’écriture

Je voudrais écrire un testament, que ma voix se lise encore
après la mort, se perpétue, à mes enfants, mes amis de lecture de
demain.

Je voudrais écrire un hymne, grande fanfare solennelle de ton
Amour.

Je voudrais écrire une pensée, aussi libre, aussi légère que
l’esprit de liberté.

Je voudrais écrire un mot, qui serait Toi, qui serait Moi, qui
serait DEUX.

Je voudrais écrire un souvenir, pour que le passé soit bonheur,
pour que s’exorcise le malheur.

Je voudrais écrire un rêve, un rêve e d’enfant, danser, un
rêve de jeune fille, aimer un rêve de femme, t’épouser.

Je voudrais écrire un arbre, une fleur, un nuage, pour
qu’ils sentent bon, pour que leur bonté émerveille.

Je voudrais écrire un rire, un sourire, une tendresse, une joie,
presque à les toucher du doigt.

Je voudrais écrire une voix, celle de la générosité, celle qui
sait donner, et sait recevoir, celle du chant retrouvé, plein,
savoureux, qui rassasie.

Je voudrais écrire l’habitation, la demeure, la force du
divin qui ouvre ses portes surla Vie.

Je voudrais écrire, alors j’écris.

Michèle Rosenzweig-« j’en parle à mon chat »  proses
poétiques 

Eclosions

pour Marie pour-Marie.jpg

ce poème est dédié  à deux amies claudine et véronique atteintes d’un cancer. qu’elles me pardonnent la liberté que je prends de la part de Dieu

…….

 

l’illustration à l’encre de
Sabrina Dicanot -Coppet est tirée comme le poème du livre
« eclosions  » de michèle Rosenzweig-editions la maison de la Bible
-2000

Prière du soir

Chaque soir j’éteins ma lampe.

Mais je me berce à ta lumière.

Plus aucun mal ne me hante

Quand monte vers Toi ma prière.

Tous les instants qui passent,

Tout n’est que vent dans les branches

Et seule à tes pieds je me place

Pour goûter ta tranquille présence.

En vain mon corps a souffert

Car Ton esprit est vainqueur.

Sans peur j’ai traversé le désert

Je te savais là, tout près de moi, Seigneur.

Le mal a pu rôder autour de moi

Me faire chuter quelquefois

Mais au nom béni de Jésus Christ

J’échappe à la noirceur de la nuit.

Oui, je fais silence en mon cœur

Pour écouter ta douceur.

Conduis mes pas quand reviendra le jour

Fais-moi encore respirer Ton amour.

Je veux t’offrir un dernier chant

Avec ma voix te dire  Sauveur, merci

Parce que mon âme tu as guéri

Même si mon corps est chancelant.

Seigneur, tout est bien quand vient le soir

Dans Ta volonté en paix je m’endors

En moi tu as remis l’espoir

Et tes promesses sont mon trésor.

Michèle

sensations d’argile

sensations d'argile sensations-d-argile.jpg« l’offrande »-  une bonne femme en modelage- terre rouge –
2005

Sensations
d’argile

Je retrouve le souffle. Il est automnal dans son ocre gluante.
Echappé d’un sillon déroulé par le laboureur. Glaise dans mes
doigts aux temps primordiaux de la création . Je ne peux
insuffler la vie, mais je malaxe en aveugle cette terre laborieuse
où quelque graine prisonnière attend de germer. Gangue. Ourlets. Je
glisse, je pénètre, je crispe. Caverne durcie, aspérités concrètes,
les doigts s’agrippent aux rocs torturés et suintants. Je
m’ébahis du silence des entrailles terrestres où ma lampe de
spéléologue vacille faute de gaz. J’ai peur du fond,
j’ai peur du noir, là où rugissent les chimères, les gardiens
des Enfers avec leurs crinières flottantes , leurs mâchoires
béantes.

Dans ma lune, j’arpente les cratères ; trop de sable,
trop de rocs, trop de gris. Oh ! fragile… le lever du
soleil sur ma Terre, ma planète bleue suspendue dans
l’espace…

La musique solennelle en des chœurs puissants d’hommes
et d’anges dit la gloire de Dieu sur l’informe et le
vide, sur la décrépitude, sur la finitude. Et la lumière fut !
Nos ombres figées sur les murs des labyrinthes prennent vie et
ainsi naît le sourire, le printemps, le chant de l’oiseau et
la caresse du chien .

De terre je suis, de terre je finirai, et mon âme hors de ses
contours, ne sera plus jamais l’esclave des pesanteurs.

Michèle Rosenzweig- l’atelier de l’artisane -proses
poétiques – editions edilivre.com-2009